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L'internet
véhiculait déjà des images et du son, désormais il diffuse aussi
des odeurs: après des années de recherche, un informaticien de 33
ans a lancé à Saint-Malo la première société de multimédia
olfactif. Depuis son bureau situé sur la pépinière d'entreprises de
la ville, Yvan Régeard, ingénieur de
France Télécom actuellement détaché de
l'entreprise pour monter ce projet, convie ses visiteurs à une
ballade olfactive dans les vignobles de Bourgogne.
Quelques clics de souris sur un
ordinateur portable relié à deux diffuseurs de parfum, tels de
petits hauts parleurs, et les images défilent, accompagnées
d'odeurs de sous-bois, de vanille, ou de fruits. "Le rêve, ce
serait de devenir un jour le standard mondial pour les applications
olfactives, devenir une petite brique dans le système Windows"
de Microsoft, confie l'ingénieur.
Yvan Régeard
exploite des brevets mondiaux sur le pilotage informatique de
diffuseurs d'odeurs, déposés par France Télécom,
où il a dirigé pendant quatre ans le projet de recherche sur le
multimédia olfactif. L'innovation intéresse particulièrement les entreprises
de l'agro-alimentaire et de la parfumerie-cosmétique,
explique-t-il. A court terme, intégrer des odeurs dans des DVD et
des sites internet peut servir à
communiquer sur des salons professionnels, à former des étudiants
ou des vendeurs, ou bien à faire des démonstrations de produits
chez des clients.
A plus long terme, les odeurs
pourraient s'insérer dans des jeux vidéo, des programmes de
télévision et des sites de commerce électronique. Mais elles
intéressent déjà les spécialistes du marketing. "Plus que les
images ou les sons, les odeurs permettent d'éveiller des souvenirs
éloignés et de toucher les émotions. C'est l'effet Madeleine de
Proust", explique l'ingénieur. Profitant d'un programme
d'essaimage de France Télécom, il a fondé
fin août sur ses économies personnelles la société Exhalia, une SAS au capital de 37.000 euros. Il
recherche des investisseurs prêts à lui apporter 400.000 euros
supplémentaires.
En deux mois, il explique avoir déjà
réalisé 20.000 euros de chiffre d'affaires. Il doit s'envoler
prochainement vers le Japon pour conclure un contrat avec un lycée
hôtelier de la région d'Osaka, qui souhaite diffuser des recettes
de cuisine odorisées sur des réseaux à hauts débits.
"Ce que nous proposons ce sont
les logiciels, qui permettent d'introduire une odeur dans une
application multimédia, ainsi que le service autour de cet
outil", résume-t-il. Pour la création des fragrances, Exhalia s'appuie sur un partenariat avec le
parfumeur Robertet à Grasse
(Alpes-Maritimes). "Les Français sont les plus en avance au
monde dans le domaine du multimédia olfactif, sans doute grâce à
nos traditions dans l'art culinaire et l'industrie du parfum",
souligne M. Régeard. Certes, l'internet parfumé en est encore à l'âge de
pierre, reconnaît l'ingénieur. Son procédé consiste à restituer des
odeurs, qu'il faut créer au préalable. Des ordres informatiques de
diffusion définissent le choix de l'odeur, sa durée et son
intensité. Ils déclenchent de petits ventilateurs en face de
cartouches contenant un gel parfumé. Pour l'instant, les diffuseurs
comportent au maximum douze odeurs, ce qui limite les usages, même
si l'on peut en brancher plusieurs en série. Chaque appareil coûte
environ 400 euros. M. Régeard espère que
les prix baisseront à 150 euros d'ici deux ans pour développer
enfin le marché grand public.
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