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"Pour diffuser ses travaux
auprès du plus grand nombre, l'Académie
française est prête à trahir ce qu'elle
est censée défendre : l'orthographe. C'est à
l'adresse www .academie-francaise.fr qu'elle
met en ligne la neuvième édition de son dictionnaire,
de A à Négaton. Le sacrifice de la cédille
et de l'accent aigu de son adresse Internet
est sans doute mineur, face aux bénéfices attendus.
"La rencontre entre une tradition de plusieurs
siècles et l'informatique n'allait pas de soi",
a reconnu Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel
de l'Académie, lors de la présentation, jeudi 24
juin, de la version informatisée du dictionnaire.
Mais elle a salué une "initiative qui marque
une date pour la lexicographie française".
De fait, les 31 351
entrées du dictionnaire sont désormais accessibles
en quelques clics, grâce au laboratoire
Analyse et traitement informatique de la langue
française, unité mixte du CNRS et de l'université
Nancy-II. A vrai dire, l'informatisation
du dictionnaire était déjà bien avancée, puisque,
en 2000, sa huitième édition (1932-1935) avait été numérisée
et mise en ligne, tout comme le tome 1 de la neuvième
édition, suivi du tome 2 en 2001. Les fascicules
sont désormais mis à ligne à mesure de l'avancement
des travaux de la Compagnie créée par Richelieu en 1634.
L'Atilf, premier
laboratoire de linguistique français, avec plus de 90
chercheurs, s'est fait une spécialité de mettre en
ligne des dictionnaires et encyclopédies, dont le Trésor
de la langue française, et de concevoir les outils
permettant d'exploiter ces mines de données.
"Cela répond à une demande forte puisque 160
000 pages du Trésor de la langue française sont
consultées chaque jour par les internautes", a
rappelé Jean-Marie Pierrel, directeur
du laboratoire nancéen.
Si la "subdécomposition"
du dictionnaire n'a pas été aussi détaillée que
celle du Trésor de la langue française, pour des raisons
de coût, les possibilités offertes restent impressionnantes.
"Le programme corrige de lui-même
l'orthographe, à partir d'une version phonétique
du mot", a rappelé Jacques Dendien,
ingénieur de recherche à l'Atilf. Un clic
droit sur un mot suffit pour lancer une recherche
dans une série de dictionnaires, "qui constituent
un ensemble de ressources, un continuum". Providence
des poètes paresseux, le programme permet de trouver
les rimes les plus improbables, mais peut
aussi aider les joueurs de Scrabble à compléter
un mot. Les amoureux de la langue se délecteront
des parcours dans le temps offerts par les différentes
éditions du dictionnaire.
En son temps, comme l'a rappelé
l'académicien Bertrand Poirot-
Delpech, collaborateur du Monde,
le philosophe Jean Guitton avait été pris
d'un sanglot lorsqu'un ordinateur avait recraché,
en 16 secondes, les 214 occurrences du mot Dieu
chez Plotin. "C'est ma thèse de doctorat,
dix ans de travail !", s'était ému le savant.
Mais si l'informatique avait, ce jour-là, désespéré
un "immortel", elle ouvre au profane,
grâce à l'hypertexte - terme qui ne manquera pas de
figurer dans une future édition du dictionnaire
- un océan de savoir.
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