|
"Des think tanks, ou
"réservoirs à pensées", les Etats-Unis en comptent
aujourd'hui plus de mille cinq cent. Ces institutions
privées, a priori non partisanes, sans but lucratif
et indépendantes, jouent un rôle majeur dans la vie
publique, économique et politique américaine.
Tour à tour, ces institutions planchent sur l'éthique
dans le monde de l'entreprise, la réforme de
la sphère publique, la politique énergétique, les rapports
Nord-Sud ou encore l'éducation. Financés par des fonds
publics, des entreprises ou des particuliers, les
think tanks regroupent des patrons, des universitaires,
des chercheurs qui réfléchissent ensemble sur un point
précis dans le but d'atteindre un objectif,
explique Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre
économique.
Les think tanks ne se limitent
donc pas à la "pensée". Ces clubs de
réflexion, où se côtoient des leaders d'opinion,
s'appuient en général sur des études, des rapports
ou des événements (forums, séminaires...) pour diffuser
leurs idées auprès des responsables politiques,
avec des visées très claires. "La réflexion
débouche sur l'action et doit mener à des résultats,
par exemple un projet de loi", confirme Christian
Harbulot. Une forme de lobbying en douceur et en profondeur
avec pour principe de base : l'union fait la force.
Aux Etats-Unis, chaque grand patron, chaque ponte
universitaire, ou presque, est membre d'une telle
institution. Les premiers think tanks ont vu le jour aux
Etats-Unis au début du siècle dernier. Puis, à la fin
des années 40, est née la Rand Corporation, le
think tank américain le plus connu et le plus important.
Créé en pleine guerre froide, il est spécialisé en stratégie
militaire. "Dans la course à l'armement. Les Américains
se voyaient distancés par les Soviétiques après la deuxième
guerre mondiale. Ils ont alors compris l'importance
de la production de connaissances, bien avant la société
de l'information, en créant la Rand Corporation."
En 2000, ce think tank, qui
emploie plus de 1 000 personnes, a reçu près de cent
cinquante millions de dollars de financement publics
et privés. Militaires, universitaires, industriels
de l'armement y travaillent main dans la main pour
produire des rapports qui sont lus avec grande attention
à Washington, et dans toutes les capitales occidentales.
Des rapports qui conditionnent bien souvent les choix
opérés en matière de politique étrangère ou de programmes
militaires. Des enjeux qui se chiffrent en milliards
de dollars. Dans le sillage de la Rand Corporation,
la formule du "club de réflexion" va faire tache
d'huile dans l'univers civil. La Brookings
Institution, le Conference Board ou l'American
Enterprise Institute sont autant de think tanks
qui vont jouer des rôles clefs Outre-Atlantique. Ces
"réservoirs à pensées", et plusieurs dizaines
d'autres, mèneront des actions pour faire évoluer la
fiscalité, pour favoriser la dérégulation de certains
marchés, ou développer les échanges commerciaux avec certains
pays.
En France, le phénomène des
think tanks est plus récent, mais prend de l'ampleur
depuis le début des années 1990. Chefs d'entreprise
et experts français s'associent pour créer leur "club",
le plus souvent sous la forme d'une association loi 1901, la
législation française ne permettant pas l'existence
d'institutions privées à l'américaine. Mais si ces
organisations ont un fonctionnement différent en France,
leurs objectifs restent les mêmes que leurs homologues
américaines. Sur le modèle américain, les think tanks
français se créent à partir de figures de proue.
Ces think tanks à la française
publient des rapports sur des sujets aussi variés
que l'Europe économique, le rôle de la police
nationale ou la transparence financière. Mais un thème
leur tient aujourd'hui à coeur, un thème sur lequel la plupart de
ces clubs s'activent : la réforme de l'Etat. "Le pouvoir
des thinks tanks avance par vague, à chaque fois que l'environnement
politique et économique est instable. Quand le pouvoir
politique navigue à vue, les think tanks
s'imposent comme des contre-experts.
En attendant notre prochain
échange, bons succès dans ce nouveau monde
!"
|