"Alors que nous savons à quel point le Brésil occupe une position de leader mondial dans la production de la canne à sucre, les voilà désormais bien installés dans l'après pétrole. Tout a démarré il y a trente ans, lorsqu'une formidable révolution agro-industrielle est née, stimulée par l'éthanol, le nouvel "Or vert" obtenu à partir de la canne à sucre. Ce carburant végétal pousse là-bas dans les fazendas, ces exploitations agricoles aux dimensions aussi faramineuses que ce pays de 182 millions d'habitants, grand comme quinze fois la France. Le nouveau Dallas est né ou comme aiment le dire les dirigeants locaux : "Le brésil sera l'Arabie Saoudite du XXI ième siècle !"
Les propriétaires de ces exploitations gigantesques sont désormais les nouveaux Roi de l'Or vert. Ils disposent d'une autre poule aux oeufs d'or avec les formidables débouchés de l'éthanol, dont le Brésil est encore là, le premier exportateur mondial. A titre d'information, GURANI, le leader de la production Brésilienne va vendre 116 millions de litres d'éthanol, soit environ 2 millions de pleins ! A l'heure où le prix du baril de brut s'envole et où la pollution devient un enjeu de santé publique, l'éthanol présente un triple avantage sur l'essence : il est moins cher, plus propre et renouvelable à volonté. Ce carburant a le mérite d'exister à l'échelle industrielle qui est une réalité pour les quelques 20 millions d'automobilistes brésiliens. Ainsi, en se rendant dans une station service, ils peuvent aujourd'hui faire le plein de trois façons : avec de l'essence, de l'éthanol ou les deux à la fois, en fonction du type de moteur de leur voiture. L'éthanol représente 40 % du carburant, hors diesel, consommé dans le pays, selon l'Unica, le syndicat des sucriers. Le Brésil est en effet le seul Etat au monde à avoir misé sur une énergie renouvelable pour la fabrication de son combustible.
A coups de contraintes, de subventions et d'incitations fiscales, elle oblige les constructeurs automobiles et les grands barons de la canne à sucre à travailler ensemble pour fabriquer des voitures roulant à l'éthanol. Le succès est fulgurant. Dès le milieu des années 80, 96 % des véhicules vendus dans le pays ne roulaient qu'à l'éthanol, appelé là-bas tout simplement "alcool". Quant à l'essence, elle devait obligatoirement contenir 25 % d'éthanol par litre. Malheureusement, l'expérience a tourné court dans les années 90, suite à une pénurie, rendant alors cette denrée chère. Les producteurs de canne à sucre ont alors préféré écouler leur marchandise sur le marché mondial pour profiter de la flambée des prix, plutôt que de consacrer une partie de leur récolte à la fabrication de l'éthanol, moins lucratif et limité au marché brésilien.
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais ce carburant est revenu en fanfare sur le devant de la scène. Cette fois-ci grâce au secteur privé. Volkswagen fait sensation en 2003, en mettant sur le marché la première voiture flex-fuel. Un véhicule fonctionnant à l'essence, à l'éthanol ou aux deux à la fois. Les autres constructeurs se sont engouffrés dans la brèche. Plus de la moitié des modèles aujourd'hui présentés sur le marché brésilien sont équipés de ces moteurs hybrides flex-fuel. Après la Clio, Renault vient de sortir sa Scénic flex, Peugeot sa 206. Seuls Honda et Toyota ont eu du retard à l'allumage. Mais depuis ils se présentent comme les champions de la voiture propre. L'engouement du public a été immédiat. Dès la première année, les voitures flex ont raflé 21,6 % des ventes de voitures neuves. Le record a été atteint en août, avec 61,7 % ! A ce rythme, ces véhicules bicombustibles vont totaliser plus de 80 % des ventes au début de l'année prochaine.
Mais c'est un début et nul ne doute, au Brésil, que l'âge d'or de l'éthanol ne fait que commencer. Les premiers à s'en frotter les mains sont bien entendu les producteurs de canne à sucre. Les projets d'investissement pullulent et, déjà, une quarantaine de nouvelles distilleries sont en construction. Coût de la main-d'oeuvre plus bas, cycle de production plus long, l'éthanol brésilien est deux à trois fois moins cher que celui produit à partir du maïs aux Etats-Unis ou de la betterave en Europe. A cela s'ajoute une autre différence capitale : l'éthanol sera toujours compétitif car son coût énergétique est nul. Dans toutes les fazendas du pays, les fibres de la canne à sucre sont en effet brûlées pour produire l'électricité nécessaire à la fabrication du sucre et de l'éthanol. Et ils en ont tant que les planteurs sont même devenus des exportateurs. Ils vont écouler cette année 600 mégawatts sur le réseau national, soit l'équivalent de la consommation annuelle d'électricité de l'agglomération de Rio de Janeiro (11 millions d'habitants) ! Fascinées par ce succès, les délégations étrangères se succèdent au Brésil pour observer cette expérience inédite, et les commandes d'éthanol commencent à affluer (Nigeria, Inde, Chine, etc.). La production s'envole (18 milliards de litres), et le potentiel du pays est encore immense.
Les feux de l'environnement économique (Flambée du pétrole) et sociétal (Volonté de lutter contre la pollution) semblent être tous passés au verts. Et loin des compétitions avec le Brésil, c'est peut-être là l'opportunité inespérée pour de petits pays producteurs de cannes de pouvoir fabriquer leur biocarburant pour leurs besoins propres et l'exportation de proximité. Voilà des expériences à méditer, à suivre et à capitaliser !
En attendant notre prochain échange, bons
succès dans ce nouveau monde !" |