"Alors que l'évolution moderne de l'économie nous pousse drastiquement vers une consommation effrénée, les tendances de "développement durable" nous amènent à repenser la logique de développement sous des formes plus naturelles, plus équilibrées. Le passage à 2006 avec son lot de bonnes résolutions, me semble être le moment le plus propice pour faire un point sur ce concept dont nous constatons maintenant les nombreux bienfaits. De plus, dans un monde hautement technologique ou le "Has been" nous guète à grande vitesse, je trouve très intéressant que certains pensent au développement durable, alors que tout ce que nous achetons est de plus en plus jetable.
La définition classique du développement durable provient du rapport Brundtland : "Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures". Il rappelle le propos prêté à Antoine de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Le rapport de la commission mondiale sur l’environnement et le développement insiste sur la nécessité de protéger la diversité des gènes, des espèces et de l'ensemble des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques, et ce, notamment par des mesures de protection de la qualité de l'environnement, par la restauration, l'aménagement et le maintien des habitats essentiels aux espèces ainsi que par une gestion durable de l'utilisation des populations animales et végétales exploitées. Le développement durable s'appuie donc sur 3 piliers majeurs : Il faut que le développement soit viable écologiquement, c’est à dire sans effets négatifs sur l’environnement, viable économiquement et acceptable donc équitable pour la société.
Ecologiquement parlant, cela veut dire d’abord qu'il faut respecter les grands cycles naturels sur lesquels reposent la vie de la nature en reconstituant des ressources renouvelables. Il faut donc que nous apprenions à évaluer ce que nous arrachons à la terre et ce que nous lui restituons. Il faut le faire pour tous les grands cycles qui ont permis à la planète d’être « viable » pour les individus que nous sommes, comme par exemple : Le grand cycle du carbone (si on envoie trop de carbone dans l'atmosphère on dérègle le climat.); Le grand cycle de l’eau (les besoins en eau augmentent, il faut donc conserver le plus possible l’eau dans les écosystèmes pour garantir sa disponibilité permanente); Le cycle de la vie de certaines espèces animales ou végétales.
Il faut apprendre à gérer tous ces grands cycles qui permettent à tous les organismes de cette planète de survivre, qu’ils s’agissent des hommes, des animaux, des plantes ou des bactéries. Durable écologiquement, c’est aussi arrêter les pollutions actuelles et réparer si nécessaire les effets des pollutions anciennes. Elles sont nombreuses et bien connues.
La biodiversité, c’est la diversité du monde vivant que l’on observe dans la nature. Cette diversité existe à l’échelle des paysages et des écosystèmes, des plus luxuriants aux plus déserts. Elle existe aussi à l’échelle des espèces. Il y aurait plusieurs dizaines de millions d’espèces sur terre dont seulement 1,7 millions ont été décrites. Parmi celles-ci nous avons recensé 250 000 espèces de plantes dont dix à cinquante mille seraient comestibles par l’homme et dont nous ne consommons qu’environ deux cents espèces (selon R. Barbault). Cette diversité est le résultat de près de quatre milliards d’années de vie sur terre. Toutes ces espèces ont des gènes en commun qui nous permettent de retracer leur histoire : certaines ont disparu, d’autres sont apparues. Nous ne sommes qu'un maillon de cette histoire.
Pour qu'une entreprise soit viable, il faut qu'elle sache gérer son patrimoine, qu'elle connaisse bien son marché, qu'elle réagisse en temps voulu, qu'elle anticipe l'avenir. C'est la même chose pour les Etats et les collectivités publiques. Celles-ci contrôlent une partie de l'épargne et récupèrent l'impôt. Elles doivent ensuite alimenter la société en biens publics. Il ne faut pas qu'elles soient trop endettées. Les politiques restrictives du FMI et l'ajustement structurel de la Banque mondiale ont été instaurées parce que les Etats se sont endettés au-delà de leur capacité de viabilité financière. Le problème de la viabilité économique se résume donc par la solvabilité permanente et à long terme.
Etre acceptable et équitable pour la société, signifie qu'il s’agit de lutter contre la pauvreté. Dans une société dans laquelle on déclare que les hommes naissent et demeurent inégaux en droits, la pauvreté est admissible. Dans une société où l'on dit que tous les hommes naissent libres et égaux en droits (déclaration des droits de l'homme), la pauvreté est une toxine à l’harmonie sociale et à l'éthique. Elle n'est pas acceptable et elle rend les sociétés instables, violentes et donc non durables.
Il est donc temps d'inventer un monde sur l’idée que la pauvreté, l’iniquité, le gaspillage, l’épuisement des ressources et les pollutions sont simplement moralement insoutenables, plutôt que sur l’idée qu’il faut se défendre et tuer pour se protéger.
Aujourd'hui il existe de nombreux exemples qui prouvent la pertinence de ces raisonnements. Ceux que l'on nomme désormais les "Alter entrepreneurs", à base d'ingéniosité et de persévérance s'appliquent à mettre en oeuvre industriellement parlant ce qui se fait dans la nature. Et c'est ainsi que l'on voit naitre aujourd'hui des "Ecoparcs", pôles industriels dont chaque déchet de l'une des entreprises est la ressource naturelle d'une autre, des banques qui grâce au micro crédit, permettent aux trois quarts de ses clients de sortir de l'extrême pauvreté, tout en étant parfaitement rentables, des hôpitaux générant des bénéfices en soignant gratuitement deux patients sur trois, des agriculteurs qui se passent de produits chimiques tout en augmentant leurs rendements, des fabricants d'emballages qui nourrissent la terre au lieu de la polluer, des entreprises textiles qui parviennent à doubler leur chiffre d'affaires tout en refusant la délocalisation Ce monde n'a rien d'utopique, c'est tout simplement celui que nous vivons..
Je vous souhaite donc une excellente année 2006, en espérant que vous serez de ces "Alter entrepreneurs" qui participeront à construire ce monde là !" |